Les Contrées Zinzolines

Chaque semaine ce qui s'imagine, se dit et se fait autour des questions d'identité et d'orientation sexuelle

Le féminisme matérialiste ? Késako ?

Christine Delphy, grande papesse du féminisme matérialiste, chercheuse au CNRS depuis 1966

En regardant cette vidéo, on comprend qu’elle n’inspire pas franchement la terreur. Mais le terme « féminisme matérialiste » n’est pas forcément des plus attrayants : du fait de l’image réac et presque démodée que l’ont peut se faire des  »féministes », et plus encore de la référence au marxisme et à son matérialisme historique.

Commençons par le commencent.

Louise Toupin, spécialiste en sciences politiques à l’Institut de recherches et d’études féministes au Québec, défini le féminisme comme une prise de conscience individuelle, puis collective, suivie d’une révolte contre l’arrangement des rapports de sexe et la position subordonnée que les femmes y occupent dans une société donnée, à un moment donné de son histoire, et donc d’une lutte pour changer ces rapports et cette situation. Académiquement, le féminisme cherche à comprendre pourquoi et comment les femmes occupent une position subordonnée dans la société.

En France, le mouvement féministe du début des années 1970 est l’objet de dissensions quant à la position qu’il doit adopter vis-à-vis des partis dits révolutionnaires (i.e le Parti Socialiste et le Parti Communiste) : faut-il s’intégrer à ces organisations politiques comme les féministes allemandes l’ont fait (aujourd’hui encore, les femmes sont en Allemagne mieux représentées qu’en France au sein des institutions politiques), ou les refuser, au titre qu’en se concentrant sur les questions de production, ils ne s’attaqueraient pas à l’ennemi principal ?

Christine Delphy appartiendrait plutôt à ce deuxième camp (même si ce débat n’est plus d’actualité aujourd’hui   ! infonews ! : les partis qui s’envisagent comme révolutionnaires ne plus tout à fait au top), puisqu’elle critique ardemment la façon dont ces partis envisagent la place de la femme dans la société. Il ne s’agit pas d’une contradiction avec le féminisme matérialiste qu’elle prône, au contraire : certes, elle s’inspire de la démarche scientifique visée par Marx avec le matérialisme historique, mais elle la corrige et l’élargit pour l’appliquer à l’étude de la position des femmes. Dès 1975, elle publie dans la revue l’Arc l’article Pour un féminisme matérialiste. Par la suite, elle fonde avec Simone de Beauvoir la revue Questions féministes en 1977, puis Nouvelles questions féministes en 1981.

Parmi les différents courants de pensée féministe, le féminisme matérialiste s’appuie sur les pratiques sociales, c’est-à-dire qu’il utilise tout le matériel qui pourrait concrètement décrire et expliquer la domination des femmes : bien sûr, des faits économiques, mais aussi les structures sociales ou d’autres domaines comme le droit.

Les bases de la pensée de C.D., et sa méthode d’analyse matérialiste sont relativement faciles à comprendre. L’ennemi principal, son livre le plus connu, est un recueil de textes qui les exposent. Elle cherche entre autres à démontrer que la sphère privée, ce qui se passe au sein de la famille, n’est pas dénués d’enjeux politiques, bien au contraire, et ce d’autant plus qu’en minimisant ces enjeux, on les dissimule et on freine l’émancipation des individus qui en souffrent.

Oui, avec une serpillère entre les mains, même Martine souffre.

En effet, la famille serait la structure d’un mode de production qui exploiterait la femme, puisqu’elle y emploie sa force de production sans rémunération. Si l’importance et le rôle de cette production sont minimisées, et si l’on refuse de reconnaître la possibilité de cette exploitation, c’est bien parce qu’elle existe, sous une forme suffisamment puissante pour apparaître naturelle. Et ce malgré l’absence de justification matérielle et concrètes aux inégalités entre les hommes et les femmes. Par exemple, si l’on a du mal à considérer le travail domestique comme étant créateur de richesses au même titre que toute autre activité de production (que l’on devrait alors intégrer au calcul du PIB, ce n’est pas parce que la mesure de la part de cette activité dans la production nationale est difficile (on rencontre ce genre de problèmes pour les services non-marchands ils sont pourtant comptabilisés), mais parce qu’il a toujours été fait gratuitement par la femme, tant et si bien qu’il paraît naturel et exclu du marché des échanges. Or, tous les travaux domestiques peuvent être achetés sous forme de servicePour Delphy, le mariage est un mode d’aliénation de la femme qui implique l’exclusivité et la gratuité des services qu’elle rend.

Que l’on soit d’accord ou non avec une telle analyse, on ne peut nier qu’elle répond à une démarche qui se veut rigoureuse et la plus scientifique possible.

Pour plus d’information.

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2 commentaires sur “Le féminisme matérialiste ? Késako ?

  1. unheuredepeine
    4 octobre 2012

    Juste une remarque : c’est Christine Delphy, et pas Catherine. Merci pour l’article !

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Cette entrée a été publiée le 5 mars 2012 par dans Anciens.

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