Les Contrées Zinzolines

Chaque semaine ce qui s'imagine, se dit et se fait autour des questions d'identité et d'orientation sexuelle

IVG: un droit menacé?

Quarante une années après l’appel des 343 salopes, trente neuf après le manifeste des 331 (où 331 médecins revendiquaient avoir pratiqué des avortements malgré l’interdiction de la loi) et trente sept après le vote de la loi Veil le légalisant, l’Interruption Volontaire de Grossesse semble être un droit acquis.

Pourtant, si l’on sait que les  »pro-lifes » existent toujours à travers le monde, on les sous-estime. Non, il ne s’agit pas d’une bande d’agités ultra-catholiques dont les actions se limitent à brandir des pancartes devant les centres d’avortement aux Etat-Unis. Les mouvements anti-IVG sont loin d’être minoritaires dans le monde, et leurs revendications semblent même gagner du terrain.

« Save a baby, kill a doctor »

L’émission Carnet du monde, diffusée tous les dimanches sur Europe 1, en a d’ailleurs fait le principal sujet de sa dernière édition.

Par exemple, au Mexique, alors que la ville de Mexico a en 2007 légalisé l’avortement, les groupes d’extrême droite et d’Eglise ont en réaction renforcé les lois anti-IVG dans les autres Etats. Avorter, ou faire une fausse-couche, y est un crime qui peut vous valoir un séjour en prison et un suivi psychologique.

Les filles, vous auriez pu faire un petit effort pour maitriser votre utérus

Et en Espagne, où l’Eglise catholique est puissante, la loi de 2010 qui autorisait l’IVG jusqu’à la quatorzième semaine est menacée par le gouvernement conservateur de Rajoy, qui souhaite d’ailleurs soumettre l’IVG à l’autorisation parentale pour les mineures, et soumettre la pilule du lendemain à la prescription médicale. Le ministre de la Justice s’est senti suffisamment légitime pour affirmer devant le Parlement que les femmes avorteraient sous la pression de leur famille, car, c’est bien connu, la maternité est très mal vue par la société. Il s’est donc permis d’affirmer au nom des femmes qu’elles ne veulent pas de l’avortement. A noter que depuis 2010, l’adoption de la loi IVG ayant été accompagnée d’une campagne de prévention et d’information sur les contraceptifs, le nombre d’IVG a baissé… Ce dont les conservateurs se gardent bien de parler.

Mais c’est surtout des Etats-Unis que nous parviennent les débats les plus virulents : il faut dire que les présidentielles approchent, leur visibilité est accrue. Or, le candidat Républicain a besoin, pour être élu aux primaires de son parti, de l’appui des ultra-conservateurs. Rick Santorum, challenger du favori Mitt Romney, est fermement opposé à l’avortement…

Bien sûr, la France est l’un des pays où le droit à l’avortement est le moins menacé. Mais, alors que dans le cadre de notre propre campagne présidentielle, les candidats multiplient les déclarations choc pour occuper le devant de la scène, le droit à l’IVG a toujours besoin d’être défendu.

Certes, le FN est connu pour sa capacité à balancer des pavés de la taille d’un semi-remorque dans la mare politique (Ô, chers menus halal dans nos cantines scolaire…). Mais en pleine campagne de  »dédiabolisation », le fait que Marine LePen et son vice-président se sentent suffisamment légitimes pour parler  »d’ IVG de confort » et de proposer leur déremboursement est révélateur de certaines représentations de l’IVG qui perdurent.

Car s’il existe en France une menace contre ce droit, c’est bien dans les mentalités qu’elle réside : tant que la population sera capable d’accepter des discours anti-IVG comme étant représentatifs d’une certaine réalité, nous ne seront pas à l’abri d’un retour en arrière. Car ce sont les mêmes arguments, basés sur le  »droit à la vie », et sur le prétendu bien-être des femmes (dont on remarquera que les seuls porte paroles sont des hommes), que l’on retrouve dans tous les pays.

Le collectif des filles de 343 salopes (  ) a notamment entamé une campagne contre le discours dramatisant de l’IVG (ce serait un traumatisme irréversible pour une femme). Le 2 avril 2011, elles ont donc lancé une pétition  »Je vais bien, merci », où des femmes revendiquent avoir subi un avortement et refusent la honte et la culpabilité qu’on semble leur demander d’exprimer en échange.

Il est vrai qu’en cherchant, j’ai du mal à trouver l’exemple de la représentation d’un IVG qui n’ait pas été un grand drame (combien de fois avons nous vu l’héroïne d’un film ou d’une série se rendre au centre d’IVG puis changer d’avis au dernier moment et choisir d’assumer ce cadeau de la vie?). Ce qui est relativement troublant. D’autant plus que j’hésite moi-même à écrire ces lignes, à sous-entendre que je refuse l’idée que l’IVG soit un grand drame. Comme si le dire revenait plus ou moins à collaborer à l’idée qu’une IVG puisse être pratiqué légèrement, que l’on puisse être  »déresponsabilisée », que ce soit pour certaines femmes paresseuses un moyen de contraception… Cependant, il y a une différence entre aller pratiquer une IVG le cœur léger, et ne pas pouvoir le faire sans sombrer dans la dépression par la suite.

Mais pourquoi le droit à l’IVG est-il si important ?

Devoir les rappeler en 2012 est des plus déprimant, mais il semble que ce soit nécessaire.

Lorsqu’on parle du droit des femmes à disposer de leur corps, on ne parle pas de laisser les femmes pouvoir faire joujou avec ce qui leur appartient. Ce n’est pas un caprice d’enfant, mais le droit d’une femme à être libre de son destin. Alors que la science nous permet de ne pas être à la merci des joies de la reproduction comme le sont nos amis les animaux, pourquoi devrait-on laisser la menace d’une maternité non désirée planée sur la vie d’une femme ? (une maternité non-désirée n’est pas un cadeau du ciel – je ne dis pas qu’une  »enfant-surprise » soit une malédiction, simplement qu’une maternité imposée, change une vie dans un sens qui peut être une très mauvaise nouvelle (qui ne vous lâchera jamais) ) N’oublions pas que la contraception n’est pas sûre à 100%, et que chaque trajectoire individuelle est particulière. Au passage, si un homme peut changer d’avis et partir en courant, c’est un peu plus compliqué pour une femme.

Pour des raisons de santé publique : parce que dans les pays où l’IVG est légale et accompagnée de politiques de contrôle des naissances adéquats, les femmes et les enfants sont en meilleure santé, physique et mentale (qui voudrait être un enfant ‘subi’ par sa mère ? Aussi aimante essaie-t-elle d’être, je doute qu’avoir participé à détourner sa mère de ce qu’elle considérait être la réussite à laquelle elle pouvait prétendre participe à l’équilibre familial).

Et parce que l’IVG existe, qu’elle soit légale ou non. Fermer les yeux ne fera pas disparaître l’avortement.

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Cette entrée a été publiée le 24 mars 2012 par dans Anciens.

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