Les Contrées Zinzolines

Chaque semaine ce qui s'imagine, se dit et se fait autour des questions d'identité et d'orientation sexuelle

Petit inventaire des limites de la parité politique

La loi sur la parité du 6 juin 2000 a beau être une importante étape du processus de reconnaissance de l’égalité des sexes, elle n’en reste pas moins une législation critiquée, et manifestement insuffisante.

Sans se poser la question de la légitimité de cette mesure, il ne faut pas chercher bien loin pour pointer sa principale faiblesse : elle n’est tout simplement pas appliquée. Pour les législatives de juin 2012, le Modem et l’UMP ont respectivement présenté 37,1 et 25,7% de candidates. Si le PS a atteint les 45,3%, ce taux est tout de même en baisse par rapport à 2007, et à ses 45,5% de candidates.

En fait, les seuls partis à respecter la loi, sont ceux qui ne peuvent pas s’offrir de l’ignorer : en dessous de 48% de femmes, les subventions publiques au parti sont proportionnellement réduites à l’écart constaté. Or, si l’UMP peut se permettre de perdre environ quatre millions d’euros, comparé aux trente-trois qu’il reçoit annuellement, le FN ne dispose pas de la même marge de manœuvre avec sur le million huit cent mille euros qu’on lui attribue.

D’autant plus que le montant des subventions attribuées dépend d’une part du nombre de parlementaires élu appartenants au groupement politique, d’autre part du pourcentage des suffrages exprimés pour chaque parti en ayant réuni au moins 1% dans cinquante circonscriptions. Et c’est seulement cette dernière qui est concernée par les sanctions financières.

De plus, même lorsqu’elle semble appliquée, la loi sur la parité est régulièrement contournée. La méthode est connue : au moment des élections, le parti n’investit pas le candidat  »local » (qui est le plus souvent déjà en fonction) au profit d’une candidate, le candidat, dissident, se présente, et s’il gagne, il sera réintégré dans les rangs du partis. Le calcul des subventions publiques prend également en compte le nombre d’élus.

Evidemment, les situations délicates que la loi sur la parité peut engendrer créent la polémique : à l’échelle nationale, il s’agit d’un moyen d’assurer un certain renouvellement de la classe politique en favorisant l’entrée de nouveaux acteurs. Mais localement, on observe surtout le choix de candidates qui n’ont pas encore fait leurs preuves au détriment d’hommes jugés plus expérimentés (voire déjà élus), la présentation de candidats dissidents, et la division de l’électorat en conséquences.

Enfin, l’égalité mathématique ne fait pas tout. Ce qui était à l’origine un argument en faveur d’une législation contraignante – le renouvellement des élites politiques – s’est transformé en poids supplémentaire pour les femmes engagées en politique. Selon Catherine Achin , en insistant sur la valeur ajoutée qu’elles apporteraient, sur des supposées qualités qu’elles auraient (et les hommes, non), on les a cantonnées de plus belle dans les stéréotypes contre lesquelles elles se battaient. Ainsi, on retrouve souvent les femmes ministres à des postes de ‘care’ (famille, santé, voire éducation).

Or, ce salto du stigmate n’est pas seulement le fait des hommes politiques et des médias. Certes, l’Assemblée Nationale est chaque jour le théâtre de petites histoires sexistes, et les commentaires politiques s’accompagnent bien plus souvent de remarques sur le style vestimentaire des femmes que de leurs alter-egos masculins. En effet, en bonnes communicantes, les femmes politiques utilisent leur image, et mettent en scène les qualités supposément féminines d’écoute, de proximité et de douceur. Pendant la campagne présidentielle de 2007, Ségolène Royale avait longtemps joué cette carte… Jusqu’au jour où la faible expérience du monde politique sous-entendu par cette image d’outsider avait pris le dessus, la poussant à changer de stratégie.

La théorie du salto du stigmate met en avant les carences et effets pervers de la parité telle qu’elle est actuellement instaurée.

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Cette entrée a été publiée le 11 juin 2012 par dans Anciens, et est taguée , , , .

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