Les Contrées Zinzolines

Chaque semaine ce qui s'imagine, se dit et se fait autour des questions d'identité et d'orientation sexuelle

Les parents gays sont-ils moins bons que les autres?

Voici bien longtemps que je n’avais pas parlé d’une étude statistico-scientifique. L’angoisse vous serre la gorge, l’oxygène commence à manquer alors que vos mains moites de sueur tremblent, bref, c’était la crise de manque ? Ne paniquez pas, Mark Regnerus est là pour vous servir.

Petite pose sous soleil couchant, par Mark Regnerus

 

Ce cher Mark a récemment démarché un peu moins de trois mille américains âgés de 18 à 39 ans, choisis au hasard, pour leur poser des questions sur leur vie, et en particulier si, entre leur naissance et leur 18 ans (ou le moment où ils avaient quitté le domicile conjugal), un de leurs parents avait eu une  »relation sentimentale » (romantic relationship) avec une personne du même sexe. Auquel cas, ils gagnaient le titre d’enfant d’homosexuel.

Evidemment, la définition que Mark nous offre de l’homosexualité laisse quelque peu à désirer. Tout en étant particulièrement inclusive, pour ne pas dire floue, elle pose des limites surprenantes, pour ne pas dire absurdes : une femme peut avoir eu cinquante quatre petites amies au cours de sa vie, du moment que ces histoires ont exclusivement eu lieu avant la naissance et après le départ familial de son enfant, elle n’est pas assez gay pour figurer dans cette étude. En revanche, si elle a entretenu une relation un peu trop ambigüe avec une femme pendant cette période fatidique (nul besoin qu’il n’y ait eu la moindre rapport physique), elle peut prétendre au doux qualificatif de maman lesbienne.

Alors, lorsque Mark Regnerus a annoncé qu’il venait de prouver, à l’encontre de la plupart des études menées sur le sujet depuis les années quatre-vingt (ce qu’il revendique fièrement), que les parents gay sont de moins bons parents que les autres, les critiques se sont multipliées plus rapidement que le virus de la grippe aviaire. D’autant plus qu’il n’y est pas allé avec le dos de la cuillère :

 » [les enfants de parents gay] étaient plus susceptibles d’être au chômage, en moins bonne santé, plus dépressifs, d’avoir trompé leur épou(x)(se) ou partenaire, de fumer plus de hash, d’avoir des problèmes avec la loi, d’avoir plus de partenaires sexuels, d’être sexuellement persécuté, et d’avoir une mauvaise image de leur enfance au sein de la famille, entre autres choses  »

[Children of gay parents] were more apt to report being unemployed, less healthy, more depressed, more likely to have cheated on a spouse or partner, smoke more pot, had trouble with the law, report more male and female sex partners, more sexual victimization, and were more likely to reflect negatively on their childhood family life, among other things. »

En effet, Mark Regnerus n’a pas hésité à en conclure que les couples de parents homosexuels étaient de mauvais parents, et que l’on devait en conséquence s’interroger sur la légitimité du mariage homosexuel. En d’autres termes, alors que l’opinion publique américaine est de plus en plus en faveur du mariage homosexuel les conservateurs auraient très bien pu lire les concluions de son étude au pied d’un sapin le vingt-quatre décembre. Ce qui peut-être troublant lorsque l’on considère que ce sont deux fondations conservatrices qui ont financé ses recherches.

Heureusement pour les partisans du mariage gay, la méthodologie de l’étude n’est pas des plus rigoureuses. Certes, Mark Regnerus s’est félicité d’avoir travaillé avec un échantillon plus large que ceux habituellement mobilisés pour ce type d’étude, et avec des individus choisis au hasard parmi la population (alors que la majorité de ces études travaillaient à partir de volontaires trouvés à la sortie des banques de sperme et agences d’adoption). Cependant, Mark Regnerus est le genre d’homme capable d’insinuer que des couples vont dispenser une meilleure éducations à leurs enfants lorsqu’ils savent qu’ils font partie d’une étude, au point que ce biais fausse totalement les résultats (on ne doute pas qu’en effet, ils n’en auraient pas ramé une s’ils n’étaient pas surveillés). Et le genre de scientifique qui décide qu’il va comparer le groupe d’adultes élevés dans un foyer composé d’au moins un parent gay à un groupe d’individus élevés par des parents hétérosexuels en excluant de celui-ci les familles divorcées, les familles monoparentales, et les enfants adoptés, puis se réjouir de la rigueur de sa démarche.

En réalité, les mauvais résultats des enfants d’homosexuels (relativement aux enfants issus de ces familles-du-bonheur) s’expliquent aisément lorsque l’on considère que l’étude porte sur des enfants nés entre 1971 et 1994, c’est-à-dire à une époque où le mariage homosexuel n’était non seulement pas légal, mais où les familles homosexuelles et l’homosexualité souffraient d’une pression sociale plus dure. Autrement dit, Mark Regnerus ne nous a aucunement offert l’image de ce que pourrait être les conséquences de l’homoparentalité si elle était soutenue (ou, pour commencer, reconnue) par l’Etat, mais des ravages de l’homophobie. En effet, 58% des enfants de mère lesbienne ont vu ladite mère quitter le foyer familial au moins une fois pendant leur enfance, sans les prendre avec eux.

Enfin, comme l’a souligné Jill Filipovic dans The Guadian, si le mariage avait pour unique justification la production d’enfant bien équilibrés et bien éduqués, beaucoup auraient du soucis à se faire. Jusqu’à preuve du contraire, les études qui arrivent à la conclusion que les enfants issus de foyers plus pauvres ont plus de chances d’être obèses ne se permettent pas d’émettre des doutes sur la légitimité des plus modestes à se marier, et celles qui soulignent les probabilités d’échec scolaire des enfants élevés par des familles monoparentales ne remettent pas en cause le droit de divorcer.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le 20 juin 2012 par dans Anciens, et est taguée , , , , , , .

Articles publiés

juin 2012
L M M J V S D
« Mai   Juil »
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
252627282930  

Mon compte Twitter

Erreur : Twitter ne répond pas. Veuillez patienter quelques minutes avant d'actualiser cette page.

%d blogueurs aiment cette page :